PS : La révolte des placards
Mais qu'est donc passé par la tête des placardés Michel Rocard et Bernard Kouchner ? Pourquoi appellent-ils Ségolène et Bayrou à se rassembler dès le premier tour, alors que tous deux s'y refusent ?
Bien qu'il s'en défende, Rocky a bien planté un "poignard dans le dos" de la candidate socialiste. Après les nombreux appels du pied de Bayrou, Michou a cédé à la tentation de se positionner comme l'inventeur d'une éventuelle fusion PS-UDF. Il revendique ce rôle d'entremetteur et entraîne dans son élan d'autres personnalités (en fait, une seule pour l'instant) classées à droite du PS.
Bernard Kouchner s'est en effet engoufré dans la plaie ouverte dans le flanc droit du PS par Michel Rocard. Et voilà qu'un ancien Premier Ministre et qu'un ancien ministre populaire du Parti Socialiste décrètent que leur camp ne peut gagner seul et, pire, que son état de faiblesse est tel qu'il doivent remettre en cause ses convictions pour fonder une alliance avec le centre droit.
Kouchner et Rocard dans le piège de Bayrou. Mais que leur a-t-il promis pour qu'ils acceptent de se faire sauter ? Cela montre deux choses. Tout d'abord, que Messieurs Rocard et Kouchner font le pari d'un accord électoral qui leur garantirait les postes que les électeurs leur refusent. Kouchner fustige ainsi "l'esprit sectaire" d'un parti auquel il doit pourtant son unique mandat (député européen de 1994 à 1997). Idem pour Rocky, qui ne peut continuer à siéger au Parlement Européen qu'en raison du bon vouloir de la direction du PS (les européennes sont fondées sur un scrutin de liste).
Tous deux estiment donc que leur unique chance de figurer dans le prochain gouvernement, c'est que ce dernier rassemble des politiques de l'aile droite de la gauche (oui je sais, c'est bizarre comme expression) et du centre droit. De ce fait, Messieurs Rocard et Kouchner s'auto-excluent d'un prochain gouvernement de gauche.
L'autre enseignement, c'est que les conséquences du floutage de la vie politique et du clivage institutionnel auquel travaille François Bayrou depuis des mois sont désastreuses pour la gauche. Voilà donc un homme qui toute sa vie a gouverné avec la droite et dont tous les élus de son parti sont associés aux décisions de la droite (aux niveaux local et national). Ce type qui faisait encore campagne aux côtés de l'UMP il y a moins de deux ans voudrait faire croire à la gauche qu'elle a besoin de lui pour gouverner ?
En effet, ce que Rocard et Kouchner n'avaient pas prévu, c'est que Bayrou a donné une interprétation pour le moins personnelle de leur appel, proclamant la chute des "murs de Berlin" et le ralliement de nombreuses personnalités du PS (lesquelles d'ailleurs ?) à ses côtés. En réalité, les socialistes lui demandaient de ne pas fermer la porte à une alliance s'il perdait au premier tour.
Ce grand bluff débouche donc sur le retour en force des petites alliances de quelques uns dans le dos des électeurs. Ces alliances sont une véritable insulte envers les électeurs, notamment ceux qui fondent tous leurs espoirs sur une victoire claire de la gauche face à Sarkozy, seule capable de donner au prochain gouvernement la légitimité suffisante pour réformer la France.
Que les amis de Monsieur Bayrou sachent bien que dans l'isoloir, ce ne sont pas les Français de gauche qui leur apporteront leurs voix. Sans projet, sans alliés, sans idéal, Bayrou restera prisonnier de ses illusions sondagières. Et il ne fait aucun doute qu'il perdra et n'appellera pas à voter à gauche.