Médias - Ne pas dire que Sarko est corrompu !
Les révélations du Canard sur les patrimoines de Sarko et Ségolène font des remous, quoi qu'en disent les médias et les instituts de sondages qui, quand par hasard ils les évoquent, mettent les deux histoires sur un même plan. Pourtant, comme Sarko, ils comparent "des carottes et des navets".
Gauche trop riche et droite trop vendue, ça va encore profiter au "centre" si personne n'explique la différence
Imaginons un instant que les infos du Canard soient vraies - ce qui est loin d'être impossible - et que les tribunaux, les services fiscaux et tout le toutim poursuivent les deux candidats. Si Ségo et Sarko étaient effectivement déclarés coupables des faits relatés par le Canard, leurs sorts seraient on ne peut plus différents.
Dans l'hypothèse la plus pessimiste, Ségolène Royal s'en titerait avec un petit redressement, alors que Sarko serait condamné à de la prison avec sursis et à une forte amende*. Contrairement à ce que sous-entend le traitement journalistique dont elles font l'objet, ces deux affaires ne sont pas équivalentes. Or ce nivellement médiatique profite à Sarko, accusé de faits bien plus graves. Grâce à bast64, vous comprendrez pourquoi avant les autres.
Le mobile
Pourquoi Ségolène Royal aurait-elle sous-estimé son patrimoine ? Boursière, devant sa réussite au système éducatif public et élue du peuple, quelle intérêt peut-elle avoir à dire que son patrimoine est moins élevé que ce qu'il n'est vraiment ? Et bien c'est parce qu'en France, la réussite est suspecte : vous pouvez être riche, à condition de l'être depuis 20 générations. Ce n'est pas une question d'argent. Mais si vous souhaitez devenir candidate d'un parti de gauche, mieux vaut sembler moins riche. Ségolène Royal aurait donc commis l'erreur de croire que son patrimoine la pénalisait, dans un pays où il est louche de faire fortune, où les inégalités croissantes ont multiplié les jaloux.
Pourquoi Nicolas Sarkozy aurait-il profité des cadeaux du plus gros promoteur de la ville dont il était maire ? Pour lui, pas de problème : il a le droit d'être riche puisqu'il est de droite. Combien exactement ? On ne le saura sûrement jamais, puisqu'il refuse de faire connaître son patrimoine. Ici, il s'agit de l'ivresse du pouvoir, de l'arrogance de ceux qui se permettent les pires magouilles en sachant très bien qu'il ne leur arrivera rien. Moralement, c'est vraiment pas pareil.
La somme
Ségo aurait économisé 5 138 euros, soit l'équivalent de 0,23 m² (un carré de 48 cm de côté) d'un appartement dans l'ex-résidence de Sarko sur l'Île de la Jatte. Une goutte d'eau dans son patrimoine, rien qui justifie une accusation d'enrichissement personnel.
Sarko aurait bénéficié 300 000 euros de cadeaux de la part de son promoteur favori, Lasserre (selon la fourchette la plus basse). Cela rappelle les histoires les plus sombres du financement politique, et encore, à une époque où aucune législation n'empêchait les élus de bénéficier des largesses des lobbies. Pour le candidat de l'UMP, les faits sont postérieurs aux lois votées au début des années 1990. C'est impardonnable, mais les journalistes charitables préfèrent ne rien voir.
Vous ne voyez pas une petite différence ?
L'infraction
Ségo aurait sous-estimé son patrimoine : elle risque seulement que sa situation soit régularisée par les services fiscaux, c'est-à-dire un redressement de 5 138 euros. Point barre.
Sarko aurait quant à lui sous-payé son appartement et bénéficié de travaux réalisés par le principal promoteur de la ville qu'il administrait. C'est bien plus grave, puisqu'il est passible de poursuites pour les délits suivants :
1 - Sarko risque 5 ans de prison et 75 000 euros d'amende pour prise illégale d'intérêts.
2 - Sarko risque 10 ans de prison et 150 000 euros d'amende pour corruption passive.
"Corruption passive"... "Prise illégale d'intérêts"... De biens vilains mots que l'on n'est pas près de voir répétés dans les rédactions et tribunaux parisiens...
Après avoir partagé ses rêves élyséens, Sarko a les mêmes cauchemars judiciaires que Chirac
B-)
* Jean-Paul Huchon a été condamné le 20 février pour prise illégale d'intérêt à 6 mois d’emprisonnement avec sursis, 60 000 euros d’amende et un an d’inéligibilité (décision frappée d'appel).
