La tentation lepéniste de Nicolas Sarkozy
Le suspense flottait depuis un moment : allait-il casser ce tabou ? C'est aujourd'hui chose faite. Sarko appelle à parrainer Le Pen. En effet, le candidat de la droite a très peur de deux choses : se retrouver comprimé entre Bayrou et Le Pen, certes, mais avant tout que les électeurs lepénistes ne lui pardonnent pas de n'avoir rien fait pour que leur héros ait les 500 signatures... en allant voter ailleurs.
Après avoir longtemps hésité, Sarko a dit qu'il se battrait pour que Le Pen soit candidat
Qu'on se le dise : c'est officiel, les électeurs FN du premier tour doivent voter Sarko au second. Ce n'est bien sûr pas une question de cuisine électoraliste, c'est un enjeu démocratique.
Ben voyons ! On se rappelle - entre autres succès démocratiques - que Hitler et les nazis ont été portés au pouvoir par des électeurs manipulés par une idéologie prédatrice qui a conduit le monde au désastre. Si c'est ça la démocratie de Sarko, qu'il se la garde !
Evidemment, les réactions sont nombreuses. A l'UMP, on s'enchante du courage du caudillito : sans Le Pen, pas de démocratie. C'est bien connu. Il n'empêche que ce petit refrain instillé par la droite dans tous les médias en choque plus d'un. Et pour cause. Prétendre défendre la démocratie en protégeant ses pires ennemis, la ficelle est un peu grosse.
Au PS, c'est carrément la consternation. A croire que l'UMP a totalement oublié ce qu'il s'est passé en 2002. Peillon rappelle ainsi à juste titre que les déclarations de Sarko montrent qu'il est "prêt à tout". Mais c'est Bertrand Delanoë qui synthétise le mieux la situation : ce "coup tactique à un mois du premier tour" signifie que Sarko cherche à "tirer avantage" du clientélisme fasciste.
On braille aussi du côté des fachos : Guillaume Peltier, le nazillon de service du MPF, fustige un "barrage antidémocratique flagrant". Son chef Villiers, le Fou du Puy, aura-t-il lui aussi les signatures de sans-étiquettes aux ordres de la Sarkozie ?
Enfin, Le Pen joue même les ingrats : il regrette que "ce soudain empressement démocratique " ne "résulte en fait des savantes analyses électorales de Nicolas Sarkozy" . Quant à Mégret, il "se félicite" de la décision de Sarko ; il lui demande même de montrer l'exemple en parrainant Le Pen en tant qu'élu du 92. Après tout, la grande famille de la droite doit appaître rassemblée devant le peuple français (blanc et riche, de préférence).
Et Besancennot ? Qu'en pense-t-il ? Il espère que le PS en prendra de la graine. On s'étonne qu'il accepte si facilement d'être l'alibi lepeniste de la droite. On attend donc avec impatience de voir s'il cautionnera plus longtemps le fait que Sarko le compare au leader de l'extrême doite, tout communiste et révolutionnaire qu'il est.
Voilà donc l'état de notre démocratie aujourd'hui : une droite incapable de se faire élire sans les voix de l'extrême droite, qui invoque avec cynisme la démocratie pour remettre dans la course le candidat de la haine. Sachez désormais qu'en France, la xénophobie est élevée au rang de "courant de pensée qui pèse dans l'opinion" (Luc Chatel) et que les réactionnaires représentent une "famille politique" (Valérie Pécresse). Vive la démocratie ! Vive la liberté ! Vive Sarkozy !
Pour finir, on se souvient qu'en 1995, Jacques Chirac a(urait) déclaré à son équipe de campagne : "Vous serez surpris par ma démagogie". C'est vrai qu'avec Sarko Karcher-Charter, il n'y a jamais de surprise.
