Contre-manif' : la contagion contestataire gagne la droite
Arnault, Lagardère, Bouygues, Pinault et Dassault participeront demain à la "marche contre les privilèges"
C'est à mourir de rire ! Les sarkozystes appellent à manifester demain contre les grèves. Cette marche "contre les privilèges" (dixit Sarko) a pour but de montrer que la majorité-silencieuse-exaspérée-par-les-gauchistes existe bien. Les mots d'ordre de ces réformistes du dimanche tourneront autour de la défense de la liberté (d'exploiter les autres), de la République (en péril rouge) et de la démocratie (à 53 % près). Rien de moins. Mais il fallait bien cela pour justifier de rater la messe dominicale.
Ce véritable aveu d'impuissance rappelle la contre-manif monstre du 30 mai 1968, qui avait rassemblé les représentants de tout ce que la France comptait alors de réactionnaires et d'inféodés au pouvoir. Il est vrai qu'une manif' comme celle-là ne se rate pas, comme le dit Fillon.
Tout ça pour dire que les téléphones vont chauffer à l'UMP, à l'UNI et dans les autres organisations garantes de la pérénnité du système oligarchique et notabiliaire français - qui pour le coup paralyse pour de vrai. Il s'agit de remplir les bus de vieux, de mobiliser les brigades des applaudissements et de rameuter le gâté fiscal, quitte à râtisser large. Les RG pourraient ainsi transmettre les listings du FN à Devedjian, chargé de la bonne marche de l'événement. On aura donc la chance de voir les vrais priviégiés (les riches) s'unir pour combattre les salauds de grévistes. Mais diantre, la gauche n'a pas le monopole du pavé ! Manifestons pour dire non aux manifestations !
Ce sera vraisemblablement l'actu numéro un des journaux de dimanche soir et lundi : les anti-grève se joignant aux pro-sarko pour exprimer leur mécontentement : quel spectacle incongru, n'est-ce pas ? Et puis cela permettra de meubler en attendant la (vraie) jonction de mardi, entre cheminots, fonctionnaires, étudiants, magistrats, avocats, psychiatres, gaziers, profs... A quand l'état d'urgence ?