Le Fillon se niche dans les détails
" Il ne faut pas s'arrêter sur des détails ! "
La rhétorique gouvernementale vient de connaître une amélioration supplémentaire : après la " gouvernance " raffarinesque, la " bataille pour l'emploi " chiraco-villepiniste, la " rupture " pré-sarkozyenne, voici que le Premier Ministre étrenne une nouvelle technique : la " détaillisation " de l'essentiel, ou plutôt " l'essentiellisation " du détail. C'est beau comme du Cicéron.
Un " détail ". C'est ainsi que François Fillon a choisi de défendre l'indéfendable amendement (certes révisé) Mariani, cette métastase législative en vertu de laquelle les gamins d'immigrants seraient dorénavant sélectionnés génétiquement. Pour le Premier Collaborateur, tout le monde se trompe : il ne s'agit que d'une disposition mineure qui ne mérite pas le titre de symbole de la régression idéologique du pouvoir. Les Pasqua, Balladur et autres gauchistes n'auraient rien compris et, pire encore, empêcheraient le reste des Français d'admirer " l'essentiel " du travail accompli par Brice la Malice pour renvoyer-les-étrangers-dans-leur-pays-par-tous-les-moyens-pour-sauver-la-France. Quel gâchis, vous imaginez ?
Il ne se trouve d'ailleurs qu'un autre adepte du détail, Monsieur Jean-Marie L. P., pour condamner les empêcheurs de détailliser en rond : Fillon serait victime de " l'ostracisme " dudit détail. Encore du grec. On dirait du Quintilien.
S'agit-il d'une simple erreur ou d'un sophisme maladroit ? Un " détail de l'histoire " ?
C'est bien plus complexe que cela. Peut-être que le PS ne souhaite pas faire de " procès d'intention " au faillitaire Monsieur Fillon. Il n'empêche que le métalangage sarkozyen commence à nous épuiser. On a déjà été servi avec la rupture. Ils ont tous signé pour se retrouver avec les mêmes immobiles. Maintenant, on nous explique ce qui est essentiel (qui mérite qu'on s'y attarde), et surtout ce qui ne l'est pas (qui relève de l'insignifiance du détail).
D'ailleurs à droite, c'est décidé : on ne fait plus dans le détail. Que de l'essentiel : de la baisse d'impôts (pour les plus riches), des heures sup' (dont personne ne veut), de la chasse à l'étranger (pardon : de l'immigration choisie), du jogging, du pipole, bref : que du lourd. Tout le reste c'est du détail. La croissance amorphe, le pouvoir d'achat de merde, les franchises médicales, le déficit, la dette et toutes les promesses sans lendemain, ça ne vaut pas tripette comparé à la Chance Merveilleuse d'être dirigés par Fillon et Sarko.
Allez, circulez, 'y a rien à voir.