Le défi

Publié le par Bast

bast64 vous offre une petite analyse des résultats à chaud, en direct du Café du Commerce. En effet, bien des choses ont bougé dans le paysage politique français.


Ségolène Royal ramène la gauche au second tour


Une Française au second tour

C'est historique : pour la première fois, une femme accède au second tour de l'élection présidentielle. 33 ans après la première candidature d'Arlette, c'est la socialiste Ségolène qui franchit une étape supplémentaire dans la lutte pour l'accès des femmes aux plus hauts postes du pouvoir.

Il s'agit d'une première victoire indiscutable qui vient laver l'affront du 21 avril 2002. Pourtant, elle a un goût amer... Le candidat sortant est à plus de 31 %, la gauche de la gauche a été laminée par l'appel au vote utile et l'alliance avec le centre est tout sauf sûre.

Certes, 70 % des électeurs n'ont pas voté pour Sarko. Il n'empêche que nous sommes devant un défi de taille : transformer le scrutin du second tour en référendum anti-Sarkozy apparaît comme une étape indispensable pour rassembler la gauche et le centre gauche. Mais il va falloir aller plus loin, pour rassembler au-delà. Il s'agit d'une bataille pédagogique au cours de laquelle nous aurons à convaincre les électeurs un par un.

La prime au sortant

Le numéro 2 des gouvernements Raffarin et Villepin a donc collecté les suffrages de près d'un électeur sur trois. Quand on voit le bilan de la droite depuis 2002, on ne peut qu'être stupéfait par la capacité de Nicolas Sarkozy à mystifier les Français. Après l'insécurité et les impôts en 2002, la droite a monté l'autre cheval de bataille du FN : l'immigration.

La peur rend amnésique, et Sarko l'a bien compris. Le voici galvanisé d'avoir réuni la France qui tremble, la France du repli, la France réactionnaire. La machine à promesses qu'il a héritée de Chirac fonctionne toujours et a réalisé hier une formidable performance.

Pour l'enrayer, nous ne pouvons nous contenter d'attendre que Nicolas Sarkozy commette une erreur. Bien sûr, nombreux seront ceux qui tenteront de le pousser à la faute, lui qui aura à jouer sur deux tableaux pour rallier à lui les centristes anti-Ségo et les résidus du FN. Pourtant, il ne suffira pas d'attendre pour profiter de ses éventuels faux-pas.

Le TSS (Tout Sauf Sarko) va tourner à plein, cela ne fait aucun doute. D'ailleurs, vous pourrez compter sur bast64 pour rappeler chaque jour la dangerosité du projet et de la personnalité de Sarkozy.

Mais la victoire ne sera au rendez-vous que si la gauche est en mesure de convaincre, de rassembler et d'unir les Français autour du pacte présidentiel. Il nous faudra convaincre chaque électeur que ce projet est bien celui du vrai changement, de la justice sociale et de la réussite économique.

L'OPA sur le FN

D'aucuns diront que le FN est à 45 %. Le Pen et ses thèmes de campagne habituels, de Villiers et son islamisation polygamique souverainiste, et Sarkozy et son immigration génétique ultralibérale auraient presque été élus dès le premier tour s'ils avaient fait liste commune.

Le FN n'a pas disparu, mais c'est tout comme. L'UMP ne doit en effet ses succès électoraux qu'aux thèmes de l'insécurité, des impôts et de l'immigration. Les " 3 i ", autrefois produit phare du FN, sont aujourd'hui produits en série par l'UMP. La "droite décomplexée" a été délocalisée en Sarkozye.

Le Pen a donc perdu dans les urnes, mais il n'a jamais été aussi implanté dans les esprits. Près d'un Français sur deux a voté pour un candidat défendant un projet de droite populiste. Dans le sud-est de la France, c'est carrément la peste brune. La morale a définitivement quitté la droite : les gaullistes ne sont plus. C'est la principale leçon de ce premier tour.

Le PC laminé

L'autre leçon, c'est la disparition du Parti Communiste. Autrefois "premier parti de France", le PC enregistre la pire des râclées de son histoire. Le PC fait moins que de Villiers, moins que le trotskiste Besancenot...

Les communistes se dissolvent ainsi un peu plus dans le reste de la gauche anti-libérale. Tout est à reconstruire et, de ce point de vue, l'appel unanime à Ségolène Royal est un premier pas vers la constitution d'un mouvement capable de devenir une force politique.

On espère donc que les "3B" - et les autres - sauront mettre en commun leur rage de vaincre Sarkozy, leur volonté indiscutable de proposer un projet social à la France. Ségolène aura bien besoin d'eux, notamment pour reconquérir l'électorat populaire du nord du pays, qui semble avoir envoyé un signal à la gauche en plaçant Sarko en tête.

Les Verts à l'envers

L'extrême gauche n'est pas la seule victime du vote utile : les Verts payent aujourd'hui leur divisions historiques, leur faiblesse structurelle, leur hétérogénéité militante et leur manque de personnalités présidentiables. Après le très bon score de Mamère en 2002, le parti n'a pas su se transformer pour devenir une véritable force politique.

L'écologie politique des Verts a en outre perdu l'ambition pédagogique. La défense de l'environnement est un combat social, certes, mais c'est avant tout un enjeu environnemental : l'éducation populaire et la résistance face aux gros pollueurs sont les deux axes d'une politique écolo efficace.

Les Verts ont profondément déçu les défenseurs de l'environnement, qui ont été poussés à voter "politique" et pas "environnement". Si le vote utile y est pour quelque chose, il n'en demeure pas moins que la responsabilité de Nicolas Hulot dans cet échec est indiscutable : s'il avait clairement soutenu les Verts, Dominique Voynet n'aurait pas réalisé un score aussi minable.

Entre les deux tours, Nicolas Hulot devra se prononcer pour Ségolène Royal. C'est le seul moyen de ramener les questions d'environnement dans la campagne.

Le cas Bayrou

C'est bien sûr la clé de l'élection. Vous savez qu'ici, on a toujours pensé que Bayrou était à droite. Certains font semblant d'hésiter, mais ils savent très bien que nous n'avons aucun geste à attendre de Bayrou. A moins d'un invraissemblable retournement de situation, Bayrou n'appellera pas à voter contre Sarkozy quand il prendra la parole mercredi.

C'est pourtant au centre que se joue l'élection. Ségolène n'a pas de réserve de voix et l'on voit mal comment elle pourrait se priver du centre gauche, notamment des électeurs qui se sont tournés vers Bayrou en étant convaincus qu'il s'agissait du seul vote anti-Sarko utile.

Nul ne peut dire combien d'électeurs de Bayrou feront le choix de Sarkozy ou Royal au second tour. Peut-être que l'avance prise par le candidat UMP hier les fera réfléchir... Gageons que les 7 millions de bayrouistes seront convaincus par la performance de Ségolène dans le débat qui l'opposera à Nicolas Sarkozy le 2 mai... Rappelons que près de 70 % des Français avaient au moins une raison de ne pas voter Sarko...

B-)

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Publié dans Présidentielles 2007

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