Qui a peur du débat ?

Publié le par Bast

Voici que le débat sur le débat surgit dans la campagne. Faut-il d'un débat télévisé avant le premier tour ? Avec qui ? Dans quelles conditions ? Toutes ces questions sont très intéressantes, mais le vrai problème ne se situe pas à ce niveau. Tout le monde pense à un débat opposant Ségolène Royal à Nicolas Sarkozy et François Bayrou ; une sorte de débat triangulaire, mais sans Le Pen.

On peut néanmoins douter qu'une telle confrontation ait jamais lieu. En effet, seule Ségolène aurait a priori un intérêt à débattre. Sarko et Bayrou, c'est pas vraiment leur truc.

Ségolène Royal : " Le débat, c'est moi ! "

Au PS, le moins que l'on puisse dire, c'est que le débat est érigé au rang de valeur sacrée, au point que les journalistes s'étonnent souvent d'une telle propension à discuter de tout, quitte à donner l'image d'un PS désuni.


Ségolène Royal a donc accompli avec succès son devoir de débat, en participant avec Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius aux primaires du parti. Elle a prouvé à tous ceux qui prétendaient la ridiculiser en direct qu'elle était une véritable bête de débat, prête à toutes les confrontations, à répondre à toute mise en cause, tout argument d'où qu'il vienne. Ségo a compris que les débats étaient une formidable occasion d'expliquer la cohérence d'un projet.

Si elle ne crache pas sur un discours de temps en temps, Ségolène Royal préfère la forme du débat télévisé, car cela lui permet de légitimer davantage sa capacité à occuper les plus hautes fonctions. C'est un catalyseur de compétence dont elle a besoin : tous les Français sont pris à témoin. Regardez comme j'écoute, comme je réponds aux questions, comme je riposte aux attaques et comme j'explique mon programme.

En effet, c'est parce que ses compétences sont remises en question de toutes parts que Ségolène a un plus grand intérêt que les autres gros candidats à un débat à la télé. Débatteuse éprouvée, elle aurait là une formidable occasion de ringardiser les critiques de Bayrou et Sarko, comme elle l'a fait avec Fafa et DSK.

Sarkozy : pas de débat

Sarkozy, lui, n'a pas débattu depuis bien longtemps ! Certes, il se gausse de quelques petites joutes faciles contre des épouvantails : Ramadan, Le Pen... Mais pour lui, la politique se fait plutôt sans débat. On se souvient avec un sourire en coin des fameuses "primaires" de l'UMP. Quelle bonne rigolade ! L'ancien Premier Ministre de droite passant les plats au candidat de droite. Pas de contradicteurs, un public croupion, des heures de formules creuses, pas une seconde de débat.

Nicolas Sarkozy se méfie des débats. En effet, vendre sa mauvaise soupe devant des journalistes dociles dans des émissions bidons est tout compte fait beaucoup plus simple que de se mesurer à des débatteurs éprouvés, aux idées affûtées et à la répartie solide. Or, le candidat UMP vit dans un plan média depuis des mois et ne connaît aucune contradiction dans son parti godillot. Dans ces conditions, il lui est très facile de prétendre avoir de l'autorité. Mais se confronter au débat devient un véritable problème.

Enfin, comment ne pas évoquer les nombreuses sorties de piste dans la carrière de débatteur de Sarkozy ? En voici deux :


L'humiliante leçon d'économie de DSK à Sarko. Voir l'article : Sarko : zéro en éco


Débat de TF1 avant le référendum de 2005. Et oui, quand on gueule sur quelqu'un d'autre que ses sous-fiffres, cette personne risque de se défendre ! Allez directement à 19 mn 40 sec (ça met quelques minutes à charger, puisqu'il y a tout le débat)

Bayrou invoque le débat... en sachant qu'il n'aura pas lieu

Quant à Monsieur Bayrou, sa position est la même : il ne connaît pas le débat, ni dans son parti, ni ailleurs. D'ailleurs, les journalistes le savent bien : Bayrou n'est pas un bon client pour les débats. Il parle lentement, il cherche ses mots, il commence à parler sans savoir ce qu'il va dire, il ne finit pas ses phrases (ou quand il les finit, on ne se souvient pas du début), bref : il est nul ! C'est pour ça qu'à l'UDF - comme partout à droite - le débat n'a pas droit de cité.

Dans cette histoire de confrontation télévisée avant le 22 avril, Bayrou agit en parfait hypocrite, puisqu'il spécule sur l'impossibilité d'organiser un débat télévisé avant le premier tour. Une solution : inviter tous les candidats (12) mais c'est la cacophonie garantie. Or, Bayrou le sait : il est nul en débat. Mais comme il n'y en aura pas, autant le demander et se poser en démocrate.

En effet prétendant vouloir à tout prix débattre avec Sarko, Ségo et Le Pen, François Bayrou ne fait qu'avouer son immense vide programmatique. C'est fou, c'est flou, c'est Bayrou. Un seul refrain : la complicité objective entre le PS et l'UMP, responsable du déclin de la France, du chômage, de la peste et du choléra... Du flan pour les gogos qu'il répète et fait répéter, pour alimenter le feu de paille de sa candidature et le faire tenir jusqu'au 22 avril. Souffle François ! Souffle ! Il va finir par s'éteindre.

B-)

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Publié dans Présidentielles 2007

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bast64 20/03/2007 12:56

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