David Grée : Des ailes pour Diébougou

Publié le par Bast

David Grée est un pilote émérite qui allie le talent et la plume de Saint-Ex'... Souhaitons-lui une fin meilleure ! Pour lancer l'année 2007, bast64 publie en exclusivité son reportage en forme de carnet de vol à travers l'Afrique. Régalez-vous !


Début octobre 2006, dans le cadre du rallye aérien humanitaire " Des Ailes pour Diébougou ", deux équipages se sont envolés pour le Burkina-Faso.

Au terme de longs mois de préparation, la jeune association " Sur les Traces de nos Pères " signe à travers ce raid aérien sa première action humanitaire, son premier convoyage de matériel :

- chirurgical de pointe vers l'hôpital de Ouagadougou,

- de première nécessité vers les dispensaires et maternités de la ville de Diébougou.

Cette action intervient dans le cadre :

- d'un jumelage entre les villes de Floirac (Gironde) et de Diébougou (Burkina-Faso),

- d'une politique de développement durable menéee par l'association partenaire " Floirac Cap Burkina ",

- d'un parrainage de la chirurgie burkinabée par des chirurgiens français,

- de la motivation d'un groupe de jeunes pilotes souhaitant voler autrement.

Les images qui suivent reprennent le carnet de bord retraçant les 12 jours de cette généreuse aventure.

 


Le rallye s'est posé sur les aérodromes de chacune de ces villes :

- Mimizan et Biarritz (France),

- Séville (Espagne),

- Tanger, Essaouira et Laayoune (Maroc),

- Nouadhibou (Mauritanie),

- Dakar et Tambacounda (Sénégal),

- Bamako (Mali),

- Bobo-Dioulasso, Diébougou et Ouagadougou (Burkina-Faso).


Mimizan-Tanger (5 octobre)

Départ après la tempête. Nous apercevons au loin d'épais nuages sur les Pyrénnées. Slalom entre les rideaux de pluie jusqu'à Biarritz, où nous récupérons Jean-Romain.

Sous l'eau, contrôle inopiné des autorités françaises : tout est en règle !


Ciel bouché sur les Pyrénées, averses. Décision est prise d'avancer par sauts de puce.
Premier saut vers Bilbao, notre dégagement. Percée de la couche : tapis de nuages.

Nous volons vers Jerez de la Frontera pour finalement nous poser à Séville : Max et JR ont une autonomie limitative pour la formation. C'est le début du raid, nous ne connaissons pas les caractéristiques réelles de nos avions : nous préférons jouer la sécurité... Ce qui déplaît au contrôleur espagnol, qui nous le fait comprendre : sympa l'accueil !

Nous décollons pour Tanger dans une tempête de ciel bleu. Le détroit de Gibraltar nous ouvre les portes du ciel africain.

Première nuit sur le continent au " Rembrandt Hotel ".

Tanger-Laayoune (6 octobre)
Baptême du contrôle marocain, cheminement VFR (Visual Flight Rules), nous avons les bonnes cartes de navigation : c'est merveilleux !
NSC (No Significant Cloud), visibilité réduite.
Nous avançons dans les terres, le paysage est sec, presque monotone.
Nous rejoignons la côte : impériale, jusqu'à Essaouira où nous trouvons une ambiance détendue. Bienvenue au pays du vent !

Nous décollons pour Laayoune, située aux portes du Sahara Occidental, la visibilité se réduit, nous volons bas, très bas.
Sur notre route, le survol du Fort de Cap Juby : Salut Saint-Ex' !

La piste de Laayoune surgit au dernier moment. L'arrivée sur cette ville au teint rose, plantée au milieu des dunes, semble relever de la magie : Alan se prend pour Aladdin !
Nuit au " Jodesa Hotel ", après négociation des tarifs. Au réveil : douches sans eau, pas de petit déj' : bravo la négo' !

Laayoune-Dakar (7 octobre)
Décollage ventres vides dans les nuages. Le désert plonge dans l'océan sur des kilomètres : incroyables falaises de sable.

Sur la côte, une route qui semble être le cordon entre le Maroc et la Mauritanie.

Magnifique dégradé de tons chauds...

... no comment.

Plantée sur une langue de sable aux allures de décor de Mad Max : Nouadhibou, première ville côtière au Nord de la Mauritanie.
Une police un peu encombrante à qui les casquettes ou autres T-shirts ne suffisent pas. Nous n'avons pas pris de visa mauritanien, puisqu'il ne s'agit que d'une escale technique. Nous sommes pressés par le temps et pensons à l'arrivée en VFR de nuit interdite à Dakar : premiers bakchichs.

Nous décollons pour Dakar au milieu d'étranges accolades marines.

Alors que pendant ce temps...

Sur les immenses plages sans vie, vierges d'habitations, des amas de centaines de barques retournées : étonnant.
Très rarement : un village.


Survol de la ville de Dakar par un cheminement obligatoire à 1 000 pieds, accompagnés par le soleil couchant : un vrai cadeau de bienvenue.
La température monte : 32°C.

Premières piqûres de moustique.
Première nuit sous la moustiquaire au " Via Via Hotel ". Il fait frais dans tout l'hôtel sauf dans notre chambre : rude.

Dakar-Bamako (8 octobre)
Un nouveau décollage dans les nuages.
Nous nous enfonçons dans les terres. Les exploitations, les villages, les baobabs se raréfient pour laisser place à une végétation plus courte, mais toujours aussi verte.


Avitaillement à Tambacounda.
Nous nous posons sur un aérodrome que nous croyons, après plusieurs appels sans réponse, sans contrôle.
Finalement, nous avons droit à un comité d'accueil. Paniqué par notre démarche, qu'il juge trop entreprenante, le commandant de l'aérodrôme / chef de village, en colère contre les services de la circulation aérienne de son pays, qui ne l'ont pas prévenu de notre venue, nous sermonne pendant 45 minutes avant de nous relâcher.


Ce vol sera à l'unanimité l'étape la plus invraisemblable du périple.
Nous évoluons entre 500 et 1 000 pieds du sol pour ne pas souffrir d'un fort vent debout.
Le paysage est renversant. Nous volons au-dessus d'un " Grand Canyon " couvert de verdure... La végétation est dense, très dense. Si l'un de nos avions s'avérait avoir une panne moteur, nous serions mal, très mal...

Puis nous survolons ce nous pensions être un lac : un bleu royal, des îles de palmiers, des plages vierges à perte de vue... Il s'agit en fait du Koundian, un bras du fleuve Sénégal. Saisissant !

Nous sommes dimanche, nous arrivons à Bamako. Nous passons la nuit dans une auberge tenue par Amadou et Mariam... Il y a comme un truc ?!

Bamako-Diébougou (9 octobre)
Nous avions prévu de faire une directe sur Ouagadougou.
Les ennuis commencent sérieusement : pénurie de carburant sur la plateforme.
Nos palabres avec les services aéroportuaires traînent en longueur, mais sont bénéfiques : nous finissons par avoir accès aux réserves.
Ils nous fournissent le strict minimum : de quoi voler jusqu'à Bobo-Dioulasso, et nous prient de trouver une autre alternative pour le retour.

Nous nous trouvons sur la " Zone de Convergence Intertropicale " (ZCIT) : l'équateur météorologique, sur lequel des instabilités (orages, etc.) s'installent en début d'après-midi et peuvent s'intensifier très rapidement.
Nous décollons tard, entre les cumulonimbus. Nous sommes sereins, conscients des risques que nous prenons. Nous volons bas, hors de portée des enclumes, que nous évitons.

Arrivés à Bobo, une surprise nous attend : le carburant ne s'achète que par fût de 200 litres !
Les pleins des avions et bidons annexes faits, il reste 70 litres dans les fûts. A 2,30 euros le litre, les orages menaçant, il faut prendre une décision rapidement....
Une solution est trouvée : un tour de mob derrière un essencier jusqu'au marché de Bobo, achat de bidons, le tout en moins de dix minutes, et l'aventure continue !

Le contrôleur nous indique qu'un gros orage s'installe au-dessus de Ouagadougou. Plan B : nous nous envolons pour Diébougou.
En vol, à mesure que l'objectif se rapproche, nous prenons conscience de l'aboutissement de la mission.

L'arrivée sur ce terrain de brousse, digne des meilleurs films de narco-trafic, est ressenti comme un accomplissement. Les ennuis rencontrés jusqu'alors s'effacent.

Au sol, au milieu de tous ces regards, nous sommes les " bêtes curieuses qui viennent de là-haut ".
Nous sommes tous les quatre marqués au fer blanc de ces centaines de regards rares qui jonchaient la piste d'atterrissage à notre arrivée.

Repos à Diébougou (10 octobre)
Dépaysement total !

Deux personnes sont mises à notre disposition : Jean Coulibaly, chef du Comité de jumelage, et Alain Tamini, responsable du protocole pour la mairie.
Alain nous a préparé un programme serré !

Dès les premières lueurs du jour, les poignées de main commencent. Nous sommes tenus de rencontrer respectivement tous les personnages influents des environs : le chef des terres, le chef de la compagnie de gendarmerie, le chef du service des douanes, le chef de la police municipale, le secrétaire général de la province, etc.
Une halte culturelle pour apprécier une pièce traitant de l'excision, interprétée par la jeune troupe de théâtre locale... Une façon de nous rapprocher de leurs préoccupations.
Visite de grottes, creusées au cours de la Seconde Guerre mondiale par des Français en fuite, qui n'abritent plus aujourd'hui que des régiments de chauve-souris : décoiffant !
Nos hôtes ne manquent pas de nous faire goûter toutes les bières locales.
Nous tâchons d'appliquer avec soin la philosophie locale : " Il n'y a même pas de problème ! "

Jeune ramasseur d'arachides.

Diébougou-Ouagadougou (11 octobre)
Nous repartons pour Ouagadougou, deux nouveaux passagers nous accompagnent : baptême de l'air pour Jean et Alain.
De l'émotion donc. Jean (je cite) : " On n'est plus des zéros ! "

Après un survol du Burkina-Faso sans grand spectacle, nous retrouvons la civilisation telle que nous la connaissons.
A notre arrivée à Ouagadougou, le Professeur Saman Dano, Chevalier de l'Ordre National, agrégé en chirurgie, nous accueille.
Au programme : restaurant et spectacle de musique traditionnelle.
Le fils du Professeur est une star locale du hip-hop, nos deux accompagnateurs sont honorés, ils ont la chance d'être pris en photo avec leurs idoles.

Ouagadougou-Dakar (12 octobre)
Nous nous envolons pour un vrai défi : nous décollons pour rejoindre Dakar avant la nuit, soit 8h30 de vol et une escale de 45 minutes maximum pour avitailler.
La météo est capricieuse sur la ZCIT, nous slalomons littéralement entre d'énormes tours noires, dons les bases rejettent des rideaux d'eau d'une opacité terrifiante.
Nous sommes à la fois subjugués et effrayés par la traversée de cet espace mi-enfer, mi-paradis : somptueux.

Arrivée sur Dakar : rien n'a changé.

Repos à Dakar (13 octobre)
Après l'étape de la veille, nous nous accordons une journée de repos : quelques travaux sur les avions, puis plage.

Dakar-Laayoune (14 octobre)
Nous décollons pour Laayoune. Nous survolons de superbes marais salants auxquels nous n'avions peut-être pas prêté attention à l'aller.

En longue finale à Nouadhibou.
Escale technique du jour : toujours pas de Mel Gibson.

Quelque part entre ciel et terre.

Paysages désertiques indescriptibles à l'approche de Laayoune, toujours aussi riche enclave des Nations Unies, où les taxis ne parlent que l'arabe : trop facile !
Le matin, lors du briefing météo, nous avions souligné sur les cartes le déplacement d'un front froid imposant, vecteur de cochonneries en tout genre, arrivant lentement sur les côtes marocaines, avec un développement à suivre probable sur l'Espagne.

Laayoune-Essaouira (15 octobre)
Nous nous accordons une journée à une seule étape : Essaouira, " ça ira ".
3h40 de vol et une après-midi devant nous pour profiter des charmes de la ville.
Arrivée semi-directe, main gauche.

Coucher de soleil à Essaouira...

Pilote qui louche...

Essaouira-Mimizan (16 octobre)
Avant les vagues, par sécurité, nous réactualisons les prévisions météo
. Ça se gâte : le front froid se déplace plus vite que nous ne l'avions prévu. Il faudra rejoindre la France dans la soirée, ou prendre le risque de rester bloqués plusieurs jours en Espagne.
Le 12 octobre, lors du Ouagadougou-Dakar, nous pensions avoir parcouru l'étape la plus rude du voyage : il n'en était rien.
Nous décollons avec les premiers rayons de soleil au-dessus d'une mer de nuages, la chaîne de l'Atlas en arrière-plan, voilée de brume : une carte postale.

A suivre, le survol de Gibraltar, poussés par 40 à 50 noeuds de vent...
Et adieu l'Afrique !

Nous nous posons à Séville pour un dernier avitaillement.
Notre plan de vol tarde à s'activer, nous sommes en parking, dans nos avions, prêts.
Les nuages épais menacent de plus en plus notre départ.
Nous obtenons les clearances à l'extrême limite : décollage plein vent de travers, dans les turbulences : chaud !

Une dernière étape éprouvante : slalom entre les différentes couches de nuages, des passages " on top " au-dessus des reliefs, un respect des altitudes de sécurité stressant, des turbulences au passage des Pyrénées...
Golfe de Gascogne en vue : soulagement général !


Max et Jean-Romain se posent à Biarritz.
Alan et moi poursuivons jusqu'à Mimizan.
Dernier atterrissage soigné, et tout ceci est un beau souvenir.


David Grée

L'association " Sur les Traces de nos Pères " tient à remercier tous les acteurs et les différents soutiens techniques et financiers, sans lesquels cette aventure humaine empreinte d'opiniâtreté, de solidarité et d'amitié entre les peuples n'aurait pu voir le jour.

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Publié dans Reportages

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bast64 19/01/2007 13:24

Le reportage de David est cité sur Afromix, dans la catégorie Blogs consacrés à l'actualité du Sahara Occidental :
http://www.afromix.org/html/blogosphere/pays/sahara-occidental/index.fr.html
David Grée : Des ailes pour Diébougou
David Grée : Des ailes pour Diébougou David Grée est un pilote émérite qui allie le talent et la plume de Saint-Ex'... Souhaitons-lui une fin meilleure ! Pour lancer l'année 2007, bast64 publie en exclusivité son reportage en forme de carnet de vol à travers l'Afrique. Régalez-vous ! Début octobre 2006, dans le cadre du rallye aérien humanitaire Posted in bast64 : c'est trash, c'est cash ! ( 3 links from 3 sites) Source : bast64.over-blog.com
Bravo David !
B-)

bast64 19/01/2007 12:55

Cet article a été actualisé le 19 janvier 2007. Vous pouvez désormais admirer les photos originales.
B-)
http://bast64.over-blog.com/article-5314470.html