Jurisprudence Martinon : le cas Panafieu

Publié le par Bast

La jurisprudence Martinon consiste à changer au dernier moment un candidat dont la défaite est promise par les sondages. Après la jurisprudence Balladur (tout mis en examen quitte le gouvernement) et la jurisprudence Jospin (tout ministre abandonne ses autres mandats), la jurisprudence Martinon est un nouvel usage imposé par Sarkozy la semaine dernière à Neuilly. Pour appliquer la jurisprudence Martion, il faut en effet réunir quatre critères :

- Une circonscription stratégique ;
- Des sondages promettant la défaite au candidat ;
- Un lien symbolique fort entre le candidat et le Président ;
- Une solution de repli (présence de dissidents).

Ceci étant posé, on voit que la jurisprudence Martinon peut aujourd'hui trouver de nombreuses applications tactiques : Neuilly-sur-Seine, certes, mais aussi Lyon, Toulouse, Pau ou... Paris. Précisément, à Paris, les sondages donnent le candidat de gauche à 47 % au premier tour (!). Et dans cette circonscription stratégique par nature, les dissidents ne manquent pas dans les arrondissements gagnables par la droite (XVIè, XVè, VIIIè, bientôt VIIè, etc.). Le risque est grand de voir ces "fiefs" quasi-neuilléens tomber dans l'escarcelle de l'opposition sour l'effet des luttes fratricides.
Comment ne pas perdre la face ? Si j'étais à l'UMP (ou si j'étais Secrétaire général de l'Elysée, suivez mon regard), je ferais tout pour obtenir du Président un changement de candidat à Paris pour empêcher une déroute annoncée. Même Tibéri, traîné devant les tribunaux, risque de perdre le Vè. Perdre le Vè : vous imaginez le tableau ? Sans compter le XIIè : un arrondissement clé, brigué par un traître notoire et une ministre impopulaire ! Et je ne parle pas du XVIIè, où Annick Lepetit menace sérieusement de faire tomber la mairie de la Panaf'...
Bref : Panafieu, c'est la débâcle assurée. C'est la garantie d'une vague rose sur la ville de Chirac et Tibéri. C'est le meilleur tremplin possible pour le très populaire
Bertrand Delanoë. Bien sûr, les esprits les plus fins argueront qu'un plébiscite en faveur du maire de Paris ne ferait qu'ajouter à la confusion au PS, qui aurait encore plus de mal à profiter de l'impopularité grandissante de Sarko. Mais ce coup de billard à trois bandes reviendrait pour le Président à accepter la défaite dans la plus grande ville de France. Et une défaite, c'est une défaite ; ce n'est pas autre chose.



Pour rester fidèle à ses idées et cohérent dans ses décisions, Nicolas Sarkozy doit ainsi immédiatement retirer l'investiture UMP à Françoise de Panafieu. Panafieu a la défaite chevillée au corps : ses chances de l'emporter sont proches de zéro, sa campagne est absolument merdiquissime et, cerise sur le gâteau, son comportement devient prodigieusement stupide. Son acharnement sur Delanoë tient lieu de programme, comme l'a prouvé son désormais célèbre "Quel tocard !" devant les caméras... Politiquement, c'est un quasi-suicide.
Panafieu a beau faire des pieds et des mains pour
expliquer - défense de rire - "Honnêtement, [que] tocard est plutôt sympa" et que ce n'est pas une insulte, il est tout de même permis de douter de sa lucidité. On peut aussi croire la pintade à roulettes sur parole : elle voulait simplement apporter une marque de sympathie à son rival. Et puisque "tocard" n'est plus une insulte en Sarkozye, et vu qu'insulter le Président consistue aujourd'hui un crime passible de la peine de mort, on peut se joindre - une fois n'est pas coutume - aux électeurs et militants UMP désemparés pour poser cette question : Sarkozy est-il un gros tocard ?
Vite ! Qu'il applique la jurisprudence Martinon !

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